Question
Principe régulateur ou principe normatif du culte : quel point de vue est correct ?
Réponse
Le principe régulateur du culte enseigne que les Écritures fournissent des directives spécifiques pour la conduite des services de culte collectifs et que les Églises ne doivent rien ajouter à ces directives. Par exemple, les Églises qui suivent le principe régulateur dans le culte n’utilisent souvent pas d’instruments de musique, car il n’existe ni commandement ni exemple dans le Nouveau Testament qui justifierait leur emploi dans l’Église. Le principe normatif, quant à lui, affirme que tout ce qui n’est pas expressément interdit par les Écritures peut être utilisé dans le culte collectif. L’une des différences fondamentales est que le premier considère les instructions de la Bible comme un code de conduite strict, tandis que le second les considère comme des principes à suivre. Les deux adhèrent à la vérité de la Parole de Dieu, mais ils divergent sur la question de savoir si celle-ci établit clairement un modèle immuable pour le culte collectif.
Le principe régulateur est le plus souvent associé aux Églises réformées, tandis que le principe normatif est largement promu par l’évangélisme moderne. Si les Églises plus liturgiques, telles que les Églises catholique, épiscopale et orthodoxe, semblent suivre le principe régulateur, elles incluent également de nombreux éléments qui ne se trouvent pas dans les Écritures. La présence de formalités et de répétitions ne suffit pas à caractériser un culte comme régulateur, de même qu’une atmosphère plus détendue n’indique pas nécessairement une approche normative. Souvent, la tradition revêt l’apparence de la vérité biblique, non pas parce qu’elle est réellement fidèle, mais parce qu’elle est familière. Cependant, le formalisme ne saurait se confondre avec la fidélité à l’Écriture.
Les partisans de la forme réglementaire du culte estiment que Dieu, qui seul est digne d’adoration, nous a clairement indiqué comment le servir. Ils citent également les instructions de l’apôtre Paul aux Églises de Colosses et de Corinthe comme preuve qu’il existe une bonne et une mauvaise manière de célébrer les services divins. L’Église de Corinthe sombrait alors dans le désordre en raison d’un usage abusif des dons spirituels (1 Corinthiens 11.17-18, 33 ; 14.23), elle laissait les femmes perturber la célébration (1 Corinthiens 14.34) et profanait la Cène (1 Corinthiens 11.20-22). Tout le chapitre 14 de 1 Corinthiens énonce des directives précises concernant le comportement à adopter lors de la célébration collective, en réponse à ces abus. L’Église de Colosses a été avertie de ne pas intégrer de " traditions humaines " dans ses cultes (Colossiens 2:8). Ainsi, en raison des instructions spécifiques données par Paul à plusieurs Églises primitives, certains ont conclu que, sous l’inspiration du Saint-Esprit, il fournissait des directives générales pour toutes les assemblées de culte collectif.
Voici quelques points forts du principe régulateur : il vise à honorer Dieu et Sa Parole. Il met l'accent sur le culte centré sur Dieu plutôt que sur les activités visant à plaire aux hommes. Il élimine efficacement les éléments mondains ou d'origine païenne auxquels on a donné une touche chrétienne. Il se réfère à la Bible, plutôt qu'à l'opinion populaire, pour trancher les questions relatives à l'Église. Toutefois, ce principe présente aussi des limites. Il peut, par son rejet rigoureux de tout ce qui n’est pas expressément mentionné dans les Écritures, glisser vers un légalisme étroit. Il risque également de confiner le culte à la seule sphère collective, au détriment de sa dimension quotidienne et personnelle. Enfin, il demeure silencieux sur plusieurs aspects pratiques d’un service religieux (durée des réunions, usage d’instruments, niveau de technologie à employer, etc.) qui ne sont pas explicitement traités dans la Bible et qui peuvent varier selon les époques et les cultures.
Le principe normatif du culte collectif utilise également la Bible comme autorité ultime, mais enseigne que tout ce qui n’est pas expressément interdit peut être intégré dans les services. Le théâtre, la musique spéciale, les extraits de films et les présentations PowerPoint peuvent tous être utilisés dans les services de culte normatifs, car ils ne sont pas interdits dans les Écritures. Les partisans de ce style de culte soulignent que chaque église et chaque culture exprime le culte différemment, même à l’époque biblique. Ils estiment que les directives bibliques relatives au culte ne visent pas à constituer une liste de règles, mais plutôt à offrir un guide permettant de saisir le cœur de Dieu. Ils affirment que réglementer le culte engendre une attitude artificielle envers la louange et le Seigneur, au lieu de laisser l’expression collective s’écouler naturellement d’une vie toute entière consacrée au culte (Deutéronome 6.6-8 ; 1 Corinthiens 10.31).
Voici quelques-uns des points forts du principe normatif : il encourage les expressions créatives du culte par les arts et la technologie. Il crée un environnement plus détendu et pertinent pour les nouveaux croyants ainsi que pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’atmosphère ecclésiastique. Il permet des différences de goût et de style, tout en restant fidèle aux principes bibliques. Il intègre les Écritures dans la culture actuelle, minimisant ainsi la tendance des postmodernes à considérer la Bible comme dépassée et hors de propos. Toutefois, cette approche présente aussi des limites : elle peut introduire la mondanité en cherchant à intégrer la culture ambiante ; elle risque de privilégier des rassemblements axés sur le divertissement plutôt que sur le culte authentique de Dieu ; elle peut enfin glisser vers une perspective centrée sur l’homme en adoptant tout ce qui est populaire auprès de la congrégation.
Alors, quel point de vue est correct ? Toute Église qui croit en la Bible doit être régie par l’autorité des Écritures. Si ce n’est pas le cas, elle cesse d’être une Église du Nouveau Testament. Cependant, au sein des Églises qui adhèrent fermement à la Parole de Dieu, il existe une grande variété d’expressions acceptables du culte. De nombreuses congrégations adoptent une combinaison des deux points de vue. Toutefois, les deux extrêmes déplaisent à Dieu. Les régulateurs extrêmes risquent de tomber dans le pharisianisme, en érigeant des règles à partir de principes et en jugeant quiconque s’en écarte (Matthieu 7:1). De leur côté, les normatifs extrêmes se rendent coupables de flirter avec la mondanité et de justifier des activités discutables en prétendant qu’ils sont " tout pour tous " (1 Corinthiens 9:22).
Paul aborde cette question dans 1 Corinthiens 10.23-24 : " Tout m’est permis, dites-vous ; mais tout n’est pas utile. Tout m’est permis ; mais tout n’édifie pas. Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui " (cf. 1 Corinthiens 6:12). Galates 5:13 ajoute : " Frères et sœurs, vous avez été appelés à la liberté ; seulement, ne vous servez pas de cette liberté pour donner libre cours à vos penchants égoïstes, mais servez-vous les uns les autres par amour. " Ces passages convergent pour rappeler que, dans la célébration collective du culte, le désir du cœur de Dieu est que chaque croyant mette de côté ses préférences personnelles pour privilégier ce qui édifie autrui. Il est également évident que la simple popularité ou l’attrait d’une pratique ne justifie pas automatiquement son usage.
La Bible nous fournit des directives pour l’organisation de l’Église, et aucune congrégation n’a le droit de les ignorer complètement. Plusieurs éléments sont essentiels à la santé d’une congrégation : la lecture de la Bible (1 Timothée 4:13), la prédication de la Bible (2 Timothée 4:2), le chant d’hymnes et de cantiques spirituels (Éphésiens 5:19 ; Colossiens 3:16), la prière (Matthieu 21:13 ; 1 Thessaloniciens 5:17) ainsi que la célébration du Seigneur par les deux sacrements, le baptême et la Cène (Matthieu 28:19 ; 1 Corinthiens 11:23-26).
L’objectif principal du culte collectif est " de former ses membres à l’exercice du ministère, afin que le corps du Christ soit édifié jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’hommes faits, à la mesure de la stature parfaite de Christ " (Éphésiens 4:12-13). L’Église doit ainsi fonctionner comme un corps, unifiée dans l’Esprit, afin d’accomplir la volonté de Dieu sur terre.
Cependant, bien que nous soyons unis par un seul Esprit (Éphésiens 4:5), les personnes et les cultures possèdent des besoins propres. Différents styles de culte plaisent à différentes personnes et répondent à des besoins que d’autres styles ne satisfont pas. La loi qui régit chaque Église devrait être la loi de l’amour (Galates 5:14). Si un toxicomane est sauvé parce qu’une Église a projeté des extraits du film Home Run un dimanche, alors cette Église a accompli la loi de Dieu. Que l’on adopte une perspective régulatrice ou normative, l’objectif peut être atteint pourvu que nous gardions au centre de notre attention Hébreux 10:24-25 : " Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à l'amour et à de belles œuvres. N’abandonnons pas notre assemblée, comme certains en ont l’habitude, mais encourageons-nous mutuellement. Faites cela d'autant plus que vous voyez s'approcher le jour. "
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